e-atelier octobre 2014
Écrivez un texte sans aucun verbe.
Sur l’infini possible de ces lignes
Et l’improbable destinée de ces lettres
Une tentative hésitante de composition
Pour un exercice de style périlleux
O toi verbe, aussi éloquent que digne,
Au cœur de l’action et la conjugaison,
Pourtant ici un nouveau paramètre
O toi verbe, cette fois voilà tes adieux
Une queue, une tête, pas de corps mais un texte
Sans verbe…
Amélie
Incroyable, inouï, époustouflant, l’événement, le jour où tout le monde en place,
dans le tourbillon de la vie, chacun dans sa partie, un des éléments du Tout.
Chacun bon ou mauvais, selon des critères d’humanoïdes.
L’articulation et les interactions de ce mélange, ce maelstrom parfait, la marche en
avant dans un temps non linéaire pour l’avancée de l’espèce humaine du végétal et
du minéral dans le cadre du « Grand Programme », prédestination ou non ?
Le grand livre, celui-là même de nos futurs avant nos choix sur la route de nos
lendemains, confiance en l’univers, confiance en moi, pour le chemin Juste,
Forcément juste puisque mien...
Maxime : « Au début était le verbe, sans verbe pas de fin »
Gérard
Eh bien voilà. Une nouvelle page blanche, un clavier et mes doigts paresseux. Et le thème du mois, non mais quelle galère mon Dieu ! Un texte sans verbes ? Et pourquoi pas une pelouse sans herbe ? Une nuit d’amour sans cigarettes ? Une femme sans projets ou des jean’s sans baskets ? Sans verbes aucune phrase debout. Rien que des mots par terre. Pas de mouvements, pas de chemins. Me voilà sain de corps mais aussi invalide qu’un paraplégique dans son fauteuil. Plein d’idées, d’envies, de rêves de légèreté, et aussitôt autant de blocages, d’impossibilité, de regrets.
Alors évidemment, solution de facilité pour l’écrivain (pour le paraplégique, pas de solutions, même complexes, désolé) : les descriptions et énumérations. L’ennui total ! Du visuel au lieu du vécu. Des listes à la place des analyses. Et pourquoi pas de la poésie tant qu’on y... Merde. Bah voilà, pas d’expressions toutes fai… (aaaaah) non plus. Frustration. Et pour les dictons et autres proverbes, pas de dérogation ? Et le sens de la formule ? Interdit ? Bon d’accord, rien que des mots en fait.
Oh oui ! Des jeux de mots ! Drôles et pleins d’esprit. Par exemple, heu… voilà, non, trop difficile finalement. Avec ou sans verbes, beaucoup trop difficile.
Alors évidemment, solution de facilité pour l’écrivain fainéant (et aussi pour le paraplégique ! Alléluia !) : des insultes. Plein d’insultes gratuites et sans autre but que de se dé… Oh ouais, vite, des gros mots bien gras pour le voisin et sa perceuse du dimanche matin. Pour les titulaires de permis de pochettes surprises. Pour l’alcool mauvais et le mauvais alcool. Pour la crotte et le chien et double ration d’insultes pour le maître. Pour les patrons et les heures supplémentaires. Pour les trains en retard, les bouchons, la pluie, la crise, les guêpes, les flics et les politicards ! L’insulte pour tous, ici pas de jaloux ! Mais surtout, et plus que tout, l’insulte pour les égoïstes, les seuls au monde, les antis empathie. Pour les ignares du cœur, les analphabètes de l’âme, les sans doutes et sans reproches. Et pour les têtes de bois. Ouais, buffet d’insultes à volonté pour les têtes de bois. Sans verbes et sans scrupules de la part d’un écrivain flemmard.
Tif
Feuilles jaunes mortes par terre automne fade rue déserte et triste nuit tôt voilà le froid bref bonjour hiver neige pas loin bienvenue veste doudoune parka et surtout bonnet et écharpe enfin la cheminée les châtaignes et nuit courte vivement le printemps
Michèle
Le réveil
Dehors, un soleil brumeux et froid, mais déjà bien lumineux. Dedans, sans bruit, un petit garçon, sous les couvertures, les yeux joyeux. Les jouets multicolores, sous le lit ou dans les cartons, mais pas pour très longtemps... Avec allégresse, entre les petites mains, voici la création d'un nouveau monde, pleins de couleurs et de rires. Les voitures, les soldats, les peluches, l'avion, les légumes en plastique, tous, sans exception, même les pantoufles. Tel un arc en ciel ou des rayons de lumière, sans doute des hallucinations, mais non, juste une joie infinie.Voici le réveil d'un petit gars plein de vie, et de sourire.
Absence de verbe
Un texte sans verbe ! Sans aucun verbe !! OH LA LA! une succession de noms, pronoms, adjectifs sans une liaison, sans l'articulation d'un verbe! Un amas de mots illogique ! Une accumulation clopin-clopant ! Mais NON ! Justement, génial ! Adieu conjugaison, enfin plus une faute avec les verbes irréguliers si difficiles... Juste une habile réflexion, un travail de ponctuation, avec la quiétude des seuls mots. Dérive de descriptions incessantes, ou envolée de citations lyriques. Un nouveau style littéraire à part entière, une création simple avec les délices de la langue française. L'écriture de mains en main, à la suite d'un chemin chaotique de phrases sans verbe, jusqu'au mois prochain avec une nouvelle consigne, certainement plus complexe....
Quelles belles idées!
Merci Flore.
Mapy
Le miroir d une vie
Nouveau-née instantanément aimée par les yeux d’une mère subjuguée.
Bébé intrigué d’un fou rire partagé par une jumelle parfaitement inversée.
Petite fille en robe de princesse, grimée en danseuse ou chanteuse. Des projets et des rêves plein la tête.
Ado affolée, un bouton sur le nez. Photo de classe ratée, sa vie à jamais gâchée.
Jeune femme, avec son corps réconciliée, joliment parée.
Amoureuse de son prince charmant envoutant.
Femme mure, première ride gravée sur un front grisonnant.
La maison vidée de ses enfants.
Ne cherchant que sérénité,
La retraite arrivée.
Femme âgée, sa vie passée devant ce miroir si cruel.
Comprenant que seul dans le regard de son bien aimé et malgré les années envolées, son amour et sa beauté à tout jamais inchangés...
Texte de moi pour vos yeux...
Virginie
Et de jour en jour,
de saison en saison.
Lumière, senteur et chaleur.
Enfants de la terre, du ciel et du vent...
Joie de vie, de chair et de sexe.
Vous, nous, eux ; ensemble !
Allégresse, ivresse ou détresse,
Le monde, feu comme froid.
Un tout pour la vie.
И@Ћ
Arbre de vie,
arbre de lumière,
être végétal aux mille couleurs automnales;
légères comme la mousse verte de pluie et de rosée matinale.
Brume épaisse, halo opaque et laiteux, place à la clarté matinale...
A travers la transparence de mes nervures ;
une couverture uniforme de feuilles de paille,
introduction de la matière organique, l'humus.
Propice à la découverte du sous bois et à
l’attente de la poussé du végétale sans chlorophylle, selon la lune du moment.
En accord avec le musc du sous bois... la préparation des empreintes hivernales, comme des indices fulgurants du changement.
Taches blanches, flocons neigeux, lainage épais et douillet, l'hiver, en préparation.
Traces indélébiles, le messager du froid, une enveloppe cachetée à la cire du Grand Nord.
Des gestes lents, pas à pas, la ligne droite de l' hibernation.
Au creux de l'arbre, las, le corps en état léthargique.
L'appel de la forêt et de mère nature, le contrôle du métabolisme.
Souffle court...
Hypothermie mentale comme une renaissance. Corps sans âme, sommeil en larme, mon reflet de glace,
mes entrailles, une faille, mon corps dans l'âme, température hivernale.
Le glas du ralentissement et de l'instant.
La blancheur du drap immaculé, à côté de l'arbre...
Liéko
Un texte sans verbe. Un texte sans paroles, donc. Un texte descriptif. Un paysage ? Un inventaire ? Des pensées ? En tous cas, des mots les uns derrière les autres, mais muets, nécessairement. Des phrases un peu bancales, une petite tricherie. Un semblant de tristesse aussi : sans verbe, un peu de couleur égarée. Alors, comme un défi, la plume vers l’ailleurs des mots. Vers les adjectifs, par exemple. Comme « infini », mot sans verbe équivalent. Ou « magnifique ». Ou encore « extraordinaire ». Oui, un texte sans verbe, donc extra-ordinaire. Une rêverie éveillée. Désordonnée. Un puzzle de mots, imbriqués, mais sans réellement de pièce maîtresse. Un puzzle in-fini. Mais magnifique aussi. L’essence de la langue, sans fioritures ; une petite renaissance dans le surréalisme. Un texte à la Breton par exemple.
« Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier (…)
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison (…)
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu »
L’amour sans le verbe et malgré tout, l’aboutissement du sublime. Juste par des gestes et par des images. L’amour indicible. Simplement vécu.
Flore
Un texte sans verbe
Comme dans un désert de vagues sans herbe, célébration du vert à l’envers, et du gris à l’envi et du rouge tout rougissant sur un tableau aux couleurs éperdues,
Comme les pensées décapitées de Malherbes auprès de son roi, sur le chemin languissant d’une campagne oubliée et d’un exil inutile, rien que pour la rime,
Le verbe couleur de la langue, échange des peuples, coup d’œil du destin ; ainsi le verbe à la naissance du monde, au cloisonnement des neurones endormis, à l’origine des origines, dans la main des forces supérieures discrètes inconnues émouvantes divines,
Un texte sans verbe
Comme un infini sans étoiles filantes, sans firmament, sans amas laiteux, un sentiment d’amour inexplicable car sans échange au milieu des nuits effrayantes de la solitude, un texte difficile mais amusant à l’usage des singes, du roi des singes et des esclaves analphabètes et furieux qui bientôt,
Pourquoi pas un texte sans mot : rien que d’indirects glissements oculaires, de simples gestes, des bras accueillants, des âmes bienveillantes autour de la marmite toujours pleine et ronronnante ; surtout pas de musique, car musique = langage = verbe = le Verbe issu de la création
Un texte sans verbe
Comme un jour sans toi sans mon enfant adoré sans ma respiration haletante au-dessus du verre d’eau, du verbe docile, du verbe haut, définition d’un livre tout en douleur oublié dans une poubelle jamais vidée, dans la ronde des mensonges, des habitudes, des incapacités chroniques, de l’illisibilité ; un texte sans loi, sans roi, un texte aux abois en espérance du verbe minimal pour l’illustration du moi………………………………………………………….